« Pourquoi le « génocide » inuit ressurgit-il avec tant de force aujourd’hui ? Parce que chaque excuse du Danemark est une pierre de moins dans son édifice colonial, et une porte ouverte de plus pour les ambitions américaines. »
Groenland 2026 : Entre Mémoire Balafrée et Convoitises Impériales
Le dossier des « stérilets forcés » (Spiralkampagnen), dont les indemnisations de décembre 2025 ont tenté de clore le volet financier, a laissé une trace indélébile dans l’âme inuite. Alors que l’enquête officielle sur la qualification de génocide doit rendre ses conclusions au printemps 2026, une question géopolitique brûlante émerge : vers qui le cœur des Groenlandais va-t-il basculer ? Vers un Danemark qui tente de racheter ses fautes, ou vers des États-Unis qui voient en l’île le nouveau verrou stratégique de l’Arctique ?
Le Danemark : Une « Trahison » que l’Argent ne peut Effacer
Les excuses de Mette Frederiksen en septembre 2025 et les 300 000 couronnes versées à chaque victime en décembre ne sont, pour beaucoup à Nuuk, qu’un pansement dérisoire sur une plaie purulente.
Ce n’était pas qu’une erreur médicale, c’était une politique systémique de contrôle des naissances visant à réduire la population inuite pour des raisons budgétaires. En amputant la capacité de reproduction d’une demi-génération, Copenhague a touché à l’essence même de l’existence du peuple Groenlandais. Pour la jeune génération militante, le Danemark reste la puissance coloniale qui a préféré la gestion comptable à l’humanité. L’argument du « modèle social danois » et de la subvention annuelle (le bloc de subvention) pèse de moins en moins face au désir de dignité.
USA : Une Annexion par « Protection » ?
Face à ce désamour croissant pour l’Europe, les États-Unis avancent leurs pions. Ce n’est plus seulement l’idée farfelue de « l’achat du Groenland » évoquée par le passé, mais une stratégie d’influence concrète :
Sécurité et Infrastructures : Washington investit massivement dans la base de Pituffik (Thule) et propose de financer des aéroports et des câbles sous-marins.
Ressources : Dans un monde en transition énergétique, les terres rares du Groenland sont le joyau que les Américains ne veulent pas laisser aux Chinois… ni laisser sous la juridiction environnementale parfois stricte de l’UE.
Pourtant, pour les Inuits, passer de la tutelle de Copenhague à celle de Washington ressemble à un saut dans l’inconnu. Si les USA offrent une puissance économique, leur historique avec leurs propres populations autochtones (Amérindiens, Inuits d’Alaska) n’est guère plus reluisant que celui du Danemark.
Le Cœur des Inuits : La Troisième Voie
Le cœur des Inuits ne balance probablement ni vers l’un, ni vers l’autre. Il bat pour l’indépendance totale.
Le traumatisme de 2025 a renforcé le mouvement souverainiste. La révélation de l’ampleur du programme des stérilets a agi comme un électrochoc : le Danemark n’est plus perçu comme un « partenaire bienveillant », mais comme une puissance qui a failli à son devoir de protection.
L’indemnisation est perçue comme un droit, pas comme une dette de gratitude.
L’Arctique est à eux. Les dirigeants de Nuuk utilisent désormais la rivalité USA-Danemark pour faire monter les enchères, exigeant plus d’autonomie en échange de la présence militaire étrangère.
Note sur le risque de qualification de « génocide » : Si la commission d’enquête de 2026 retient ce terme, le lien juridique et moral avec le Danemark pourrait être définitivement rompu, ouvrant la voie à une transition accélérée vers une République souveraine du Groenland, peut-être sous « libre association » avec les USA pour la défense.
Conclusion : Un peuple qui ne veut plus être un dossier
L’histoire des 4 500 femmes mutilées dans leur chair n’est pas qu’un fait divers du passé ; c’est le moteur de la politique actuelle. Le Danemark a perdu sa supériorité morale. Les USA, eux, doivent prouver qu’ils ne voient pas le Groenland uniquement comme un porte-avions géant. Entre les deux, le peuple Inuit se prépare à ne plus être l’objet d’une transaction, mais l’acteur de son propre destin.