« Monsieur le Député, si la souveraineté appartient au peuple (Article 3), au nom de quel principe estimez-vous que ce même peuple est devenu trop « dangereux » ou « incompétent » pour valider sa propre loi fondamentale ? »
La réponse est toujours la même : le « risque du populisme ». Traduction : « Le suffrage universel est une idée géniale tant qu’il confirme mes choix, mais il devient une menace terroriste dès qu’il exprime une volonté dissidente. » On rit pour ne pas pleurer devant ce narcissisme politique où l’élu se prend pour le rempart contre ceux-là mêmes qui l’ont mandaté.
La Grande Farce Démocratique : Entre Petit-Four à Versailles et Peur du Vide
Il faut reconnaître à nos députés un talent certain : ils sont hilarants. C’est un humour particulier, situé quelque part entre le théâtre de l’absurde et la tragédie grecque, une pièce qui se joue à guichets fermés entre le Palais Bourbon et le château de Versailles. Le scénario est bien rodé, mais les spectateurs — nous, le peuple — commençons à trouver la plaisanterie un peu longue. Sous couvert de « réforme » et de « modernisation », nos élus se livrent à un exercice d’équilibrisme rhétorique qui confine au sublime : nous expliquer que, pour notre bien, il vaut mieux que nous restions à la porte.
L’arnaque étymologique : Le Krátos sans le Dêmos
Pour comprendre le malaise, il faut revenir aux racines. Le mot démocratie n’est pas une décoration marketing, c’est une équation mathématique grecque : Dêmos (le peuple) + Krátos (le pouvoir).
Aujourd’hui, l’équation est tronquée. Nos élus s’en gargarisent, mais ils ont mis le Dêmos au placard pour ne garder que le Krátos : la puissance publique, les gyrophares et les indemnités. Ils adorent l’exercice de la puissance, mais ils ont une peur bleue de la source de cette puissance. Le premier sketch de nos élus repose sur cette subtilité linguistique digne des sophistes : nous vivons dans une « démocratie sans le peuple », une mécanique à vide où l’on nous explique que la souveraineté nous appartient (Article 3 de la Constitution), mais qu’il serait irresponsable de nous laisser l’exercer.
Le syndrome du « Tuteur Bienveillant » (ou le paradoxe de Sieyès)
Le comique de situation atteint son paroxysme quand un député vous explique, les yeux dans les yeux, qu’il est votre « représentant », tout en affirmant que le référendum est dangereux car le peuple est trop « émotif ». C’est le grand paradoxe hérité de l’abbé Sieyès en 1789 : la France ne devait pas être une démocratie où le peuple décide, mais un régime représentatif où l’élite décide pour lui.
La blague est la suivante :
- Jour d’élection : Le citoyen est un génie, doué d’un discernement suprême pour choisir le « bon » député.
- Lendemain d’élection : Ce même citoyen redevient un enfant incapable, un « mineur » politique à qui il ne faut surtout pas demander son avis sur une loi, de peur qu’il ne se coince les doigts dans le coffre-fort.
On rit pour ne pas pleurer devant ce narcissisme politique où l’élu se prend pour le rempart contre ceux-là mêmes qui l’ont mandaté. « Le suffrage universel est une idée géniale tant qu’il confirme mes choix, mais il devient une menace populiste dès qu’il exprime une volonté dissidente. »
La Constitution : Un coffre-fort dont ils ont changé le code
Le sommet de l’art comique parlementaire se joue autour de la Constitution. Elle devrait être notre bail de location, mais nos élus la traitent comme une propriété privée. Regardez la panique dès qu’on évoque l’Article 11 (le référendum). C’est l’épouvantail, le croque-mitaine des salons parisiens.
Nos élites préfèrent mille fois l’Article 89, qui permet de modifier la Constitution entre soi, au Congrès, à Versailles, autour de petits fours. Pourquoi ? Parce que l’Article 11, c’est le risque que le propriétaire (le peuple) entre dans la pièce. En privilégiant l’entre-soi, ils transforment le Conseil Constitutionnel en arbitre des élégances, capable de dire que la volonté du peuple doit être « filtrée » pour son propre bien. Ils ont créé un système où le gardien des règles devient le verrou qui empêche le propriétaire de rentrer chez lui.
L’impasse : Quand le rire s’étrangle devant la violence
C’est ici que la farce tourne au drame. Quand on verrouille toutes les portes (pas de RIC, pas de proportionnelle, un 49.3 à la demande), que reste-t-il ? Quand le Dêmos se sent exclu du Krátos, il ne lui reste souvent que le fracas.
Mais attention, c’est là le piège ultime, l’ironie tragique de notre situation. La violence est une impasse :
- Économiquement : Elle finit toujours par ruiner le petit commerçant ou le travailleur précaire. Les élites, elles, ont des assurances.
- Socialement : Elle déchire le tissu social et transforme le voisin en ennemi.
- Politiquement : Elle est l’aveu d’échec du politique. Elle permet au pouvoir de dire : « Regardez, ce sont des sauvages, ils ont besoin d’un maître. »
La violence n’est pas un pouvoir, c’est le symptôme d’une démocratie malade où le dialogue est rompu. En refusant les urnes, les élus poussent les citoyens dans cet entonnoir dangereux.
Conclusion : Rire pour mieux contre-attaquer
Alors, que faire ? Si l’on refuse d’être des spectateurs passifs de cette comédie et que l’on rejette le piège de la violence, il faut revenir aux fondamentaux. Imaginez la tête de nos députés « professionnels » si, demain, l’Assemblée était composée de citoyens tirés au sort. Fini le carriérisme, fini les éléments de langage.
En attendant, continuons de rire de leur arrogance, car le rire est la première étape de la désacralisation du pouvoir. Mais gardons en tête que la vraie reprise du pouvoir ne passera pas par la destruction de la cité, mais par la reconquête de nos outils (référendum, initiative citoyenne, contrôle des élus).
Un peuple à qui l’on refuse le droit de dire « Non » finira par ne plus accepter de dire « Oui ». Ils veulent que nous soyons violents pour nous délégitimer. Soyons plutôt souverains, calmes et impitoyables sur le respect de notre mandat. Ça, ça ne les fera pas rire du tout.





